Pourquoi je n'aime pas la "vidéo-protection"

dimanche, 4 janvier 2015

Un peuple qui sacrifie sa liberté contre de la sécurité ne mérite ni l'une, ni l'autre et finira par perdre les deux.

Cette phrase de Benjamin Franklin est parfaitement adaptée à la situation actuelle.

Les deux seules fois où je parlerais de "vidéo-protection" dans cet article sont passées. Soyons franc, le terme vidéo-surveillance est largement plus adapté à la réalité.

La vidéo-surveillance consiste, pour ceux qui ne le sauraient pas, à placer des caméras dans divers lieux afin de pouvoir garder un oeil sur ce qui s'y passe.

Cette "surveillance" peut intervenir dans deux cadres bien différents :

  • privé
  • public

J'écris cet article suite à plusieurs discussions dont une avec manudwarf et d'autres avec karlotta.

Contexte privé

Je ne suis pas contre le principe de vidéo surveillance mais plutot son cadre de mise en place. En effet, dans un cadre purement privé, on ne peut reprocher à personne de vouloir garder un oeil sur son chez soi, surtout dans les zones un peu chaudes.

Une utilisation privée de caméras n'est donc pas une atteinte aux libertés. Elle ne présente en fait que peu de dangers :

  • caméras mal orientées dans le but de surveiller des zones appartenant à d'autres
  • caméras mal orientées en vue de voyeurisme
  • visualisation de la voie publique
  • etc...

En fait, l'utilisation privée n'est pas vraiment intéressante, à quelque exceptions...

Hotels

Il est courant dans les hotels de mettre en place un système de video-surveillance des parties communes (hall, accueil, restauration, etc...). Finalement, ce serait une solution acceptable si ces caméras n'était pas accessibles en ligne parfois.

On trouve parfois des accès vers des interfaces de controle de caméras IP dont les mots de passe sont souvent basiques (le fameux admin:admin n'est pas en reste).

A partir de ce moment, les caméras sont controlables en ligne, sans vraiment de restriction de la part des gérants de l'hotel....

Contexte public

Outre le fait que l'installation de caméra soit parfois un marché douteux, nous allons voir que leur utilisation (souvent un peu trop prononcée) n'est pas forcément clean.

Enregistrement ou visualisation ?

Un certain nombre de caméras ont été installées ces derniers temps.

Souvent dans les lieux publics, pas toujours clairement annoncées, il n'est pour ainsi dire jamais dit si les données sont conservées et combien de temps elles le sont. Pas moyen non plus de savoir si la surveillance est dévolue à un prestataire privé ou bien réalisée par les forces de l'ordre...

Enfin, qui sait quels traitements sont appliqués sur les données ?

Avec la multiplication des caméras, je doute que la surveillance humaine soit seule maitresse. Je suis prêt à parier qu'une série de traitements informatisés sont opérés sur les données afin de ne fournir à l'opérateur que les images suspectes.

La question la plus importante est probablement de cerner ce traitement. Est ce qu'un logiciel détecte d'éventuelles bagarres (en vérifiant le "taux de mouvement" à l'image par exemple) ? Est il possible de "traquer" automatiquement quelqu'un à travers un réseau de caméras ?

Je vois venir les remarques faciles :

Mais de toute façon, t'as aucune preuve !

Effectivement, seulement, il est possible de distiguer quelqu'un aux couleurs qu'il porte, à sa démarche, via reconnaissance faciale, etc... Cette méthode peut être implémentée pour permettre à un robot de suivre une personne.

Toutes ces applications sont probablement applicables sur un tel réseau et permettraient de suivre un homme, de logger ces déplacements, et de déceler ses habitudes.

Trop de données, le problème de la reconnaissance faciale

Sans preuve aucune, je me permet de douter qu'un seul homme puisse contrôler beaucoup de caméras "à l'oeil nu".

Compte tenu du nombre de caméras que l'on trouve dans certaines zones, même une équipe ne serait pas suffisante.

Partant de là, on peut penser qu'il existe plusieurs logiciels pouvant aider les opérateurs.... or, ces derniers temps, la reconnaissance faciale à fait d'énormes progrès et permet aujourd'hui de faire de l'identification à la volée.

Bien que requérant une certaine qualité d'image, la reconnaissance faciale n'est pas dure à mettre en place. En fait, de simple logiciels amateurs le font pour un peu que vous soyez "bidouilleur" ;)

Finalement, si vous ne me croyez pas, regardez ce qui se passe à l'ajout de photo sur certains réseaux sociaux. Les moteurs sont capable de comparer les images de vos amis à celles vous ajoutez pour les tagger automatiquement...

Londres, l'échec avoué

Pour finir cet article sur une note un peu ironique, parlons de Londres.

Les autorités invoquent souvent la sécurité des personnes en présence pour justifier l'installation de caméras. Vous avez probablement déjà vu cet écriteau :

Pour votre sécurité, ce lieu est place sous vidéo-surveillance.

Ils poussent désormais le culot au point d'utiliser protection à la place de surveillance.

Le rôle protecteur d'une caméra s'arrête à son aspect disuasif, et encore. En effet, avant la récente loi interdisant le masquage du visage dans les lieux publics, il était largement possible de ne pas être pris, malgré les caméras.

Jusqu'a nouvel ordre, les caméras ne sont pas armées, et espérons que ça dure... aussi, une détection sur une caméra requiert l'intervention d'une équipe afin d'endiguer le problème.

Or, Londres est une des villes les plus équipées en caméras, et pourtant la violence n'a pas significativement diminuée. Elle a diminué dans les quartiers/rues équipées et a augmenté ailleurs...

Finalement, les policiers Londonniens eux mêmes avouent que ces caméras n'ont rien changé, voire même rendues les arrestations plus difficiles : les violences étant plus dissimulées qu'avant...

Conclusion

Avec les récentes informations liées à l'identification des éleves par code barre dans une école belge, on est en droit de se demander ce que pourrait donner le croisement de plusieurs base de données.

Aujourd'hui, la video-surveillance est un sujet relativement sensible mais à propos duquel une partie (non-négligeable) de nos hommes politiques se décomplexent. On ne cache plus la volonté d'installer ces dispositifs et, sans un contrôle reél et indépendant (ou du moins multi-partisan) des traitements appliqués aux données, on risque de s'engager un peu plus dans l'ère Big Brother...