Scrutin et OpenData : Le concept...

dimanche, 4 janvier 2015

Côté Opendata, il y a des discussions, des réunions, etc... et il y a ceux qui mettent les mains dedans. Voilà un autre retour d'expérience sur l'opendata au Mans.

Ce post fait suite à celui-ci qui détaille la création d'une carte de visualisation des résultats du dernier scrutin municipal.

Comme la dernière fois avec l'exploitation des données de la SETRAM (le réseau de bus et trams du Mans), je vais revenir sur la carte des résultats du scrutin, non pas de manière technique (c'est déjà fait ici), mais plus pour expliquer pourquoi on s'est donné tout ce mal.

Avant d'aller plus loin, il faut mettre quelques petites choses au clair. Le HAUM est un hackerspace. Son objectif ultime est de détourner les objets de leur fonction première, d'explorer les possibles et de secouer les idées. Le HAUM peut être perçu comme un générateur d'actions subversives, mais son but n'est pas là (du moins pas totalement). Comme une bonne partie des hackerspaces français, le HAUM s'intéresse à la dimension humaine et citoyenne de l'OpenData. Alors, si je passe du temps à écrire 2 articles (alors que le technique à lui seul suffirait à la ligne de ce blog), il y a une raison : je cherche par là à montrer à ceux qui peuvent changer les choses, que l'opendata a une utilité et qu'il s'agit d'un vecteur de réflexion, de vie citoyenne et de richesse.

Action citoyenne

Voilà maintenant plusieurs années que je suis sur Le Mans, plusieurs années que l'on me dit que Le Mans veut devenir un pôle attractif dans le domaine numérique.

La ville est bien située, pas inaccessible du point de vue immobilier, avec un bon potentiel de développement... alors que quelqu'un m'explique : pourquoi est-ce si difficile d'obtenir de simples données ?

Je dois avouer que pour les données du dernier scrutin municipal, j'ai été très agréablement surpris. Je m'attendais à devoir passer un immonde PDF scanné avec les pieds à la moulinette de la reconnaissance d'écriture... Autant vous dire que trouver un beau XML propre (même s'il était caché) était un pur plaisir.

Pour le reste, par contre... les données sont toujours au même point qu'il y a plus de 10 mois... alors que de (trop) nombreuses réunions sur le sujet ont eu lieu.

Aujourd'hui, je ne veux plus entendre de "on va se réunir" ou "on va constituer une commission". Si Le Mans veut vraiment revenir dans le mouvement OpenData, il va falloir agir et vite.

Rennes est loin devant avec un service de transport aux données accessibles (sous des formats standards) et un portail regorgeant de données potentiellement intéressantes. Elle fait d'ailleurs partie de ces villes où un collectif citoyen s'est créé autour de ces données.

De leur côté, Nantes et Angers ne sont pas en reste, proposant elles aussi des données. La première profite d'ailleurs du portail Pays de la Loire... comme quoi les solutions techniques ne semblent pas manquer.

Où est l'action ?

Il y a plein de manières de faire de l'opendata, dont celles qui marchent et celles qui ne marchent pas.

Pour parler principalement de la première catégorie, on peut évoquer diverses approches.

La première de ces approches est de travailler de concert avec un collectif d'utilisateurs potentiels. Si ça a l'avantage de cerner au mieux la demande, ça a également le désavantage de faire dépendre la politique opendata locale de besoins particuliers, et de limiter ainsi la création.

Une autre approche serait d'ouvrir au maximum, quitte à organiser de temps à autres des réunions publiques, et de proposer un moyen de faire remonter les éventuelles remarques. De ce côté-ci, l'ouverture est plus large, plus citoyenne, et encourage la créativité et la participation.

L'opendata ne doit pas (plus ?) être considérée comme un vague concept ou thème de campagne, mais comme un moyen de rendre la ville aux citoyens qui l'habitent. Ouvrir les données c'est se placer dans une dynamique de plus grande transparence (il me semble que certains au gouvernement en avaient parlé, non ?). C'est aussi promouvoir une réflexion plus riche et plus directe autour de la vie politique et culturelle locale...

Des données fiables, complètes et à jour

Voilà une recette qui fonctionne. Une recette rarement respectée.

En fait, vous pourriez ouvrir autant que vous le souhaitez, si vous ne maintenez pas vos données à jour, cela ne sert à rien. Quand vous annoncez une fréquence de mise à jour, tenez-la.

Assurez-vous que vos données soient fiables. Partez du constat que tout sera vérifié. Que si vous mentez à vos utilisateurs, ils le sauront et vous en voudront.

Arrêtez surtout de prendre les gens pour des imbéciles et fournissez les données les plus complètes. J'ai dit, juste avant, que j'avais été agréablement surpris par les données du dernier scrutin. C'est vrai à bien des égards : ces données semblent fiables (et je ne doute pas qu'elles le soient), elles sont complètes, tout y est et on peut facilement trouver chacun des aspects du scrutin. Enfin, les données ont été mises à disposition dès la fin du dépouillement, ou presque !

C'est ainsi que ça doit être pour chacun des thèmes.

Travaillons ensemble

J'entends souvent dire que l'opendata ne rapporte pas. Effectivement, d'un point de vue strictement financier, l'opendata ne rapporte pas. Toutefois, quand on cherche à s'engager sur le terrain du numérique, l'opendata est un de ces points qui mettent les gens de ce milieu en confiance.

Une ouverture bien réalisée, c'est une vitrine qui clame haut et fort "regardez, on a ouvert, on a compris votre problématique et on vous apporte des données que vous pouvez utiliser". C'est là qu'il faut se démarquer. Il existe aujourd'hui de potentiels entrepeneurs qui ne lanceront aucune start-up, ou que sais-je, avant que les données soient disponibles.

L'exploitation et l'interprétation des données des collectivités publiques est un pan non-négligeable du gagne pain de certains. Ceux là sont des créateurs de richesse et dans un contexte difficile, il serait suicidaire de se priver d'entrepreneurs.... Vous voyez où je veux en venir.

J'en peux plus de me battre pour l'ouverture. Pour nous, c'est un bouffe temps sans nom et pour vous, une perte substancielle. On y perd alors que nous devrions travailler ensemble à ouvrir ça de la bonne manière.

Venez nous retrouver un mardi soir au HAUM (à l'ISMANS), venez discutez avec nous aux Jeudis du Libres, retroussez les manches, quittez vos salles de réunion et venez échanger avec ceux qui se servent de ces données.