Daech et la politique ont tué la France

On

Bon, ben je crois qu'on y est. J'avais commencé a écrire ce billet il y a longtemps (ou un autre qui y ressemblait beaucoup).

Je crois que plus les jours avancent et plus on peut le dire : Daech a profondément blessé la France et la politique l'a achevée.

Je m'explique... voilà quelques années que les attaques sur le sol français s'intensifient. Certes. Voilà aussi quelques années que le français moyen commence à se rendre compte de son statut de privilégié :

  • après Charlie Hebdo, chacun se badigeonne en noir et change de prénom sans se rendre compte que jamais il n'a œuvré pour cette liberté d'expression qu'il désire soudain incarner ;
  • après le 13/11, #EnTerrasse fait son entrée alors que bien peu se rendent compte de la chance qu'ils ont de pouvoir traînasser au bar comme on aime tant le faire ;
  • après Nice voilà qu'on comprend l'importance de la sécurité. De ce calme qu'on croyait acquis.

Et on pourrait continuer la liste en pointant d'autres évènements....

Étranger en sa patrie

Ces évènements ont bien sûr secoué chacun d'entre nous. On a eu peur, pour nos amis, pour nos familles, pour notre mode de vie. On a eu peur, mais c'est trop tard.

Daech (et les autres) ont déjà gagné. La vie ne sera plus jamais comme avant, ils sont parvenus à changer notre mode de vie, à changer nos comportements et ils ont été aidés par une classe politique sur-entrainée.

D'attaque en attaque, un climat de peur s'est installé. On voit du terrorisme partout, un drapeau vendéen a même été pris pour un symbole islamiste ! Or, comme le dit la chanson, ce climat a détruit le peu d'ouverture qui faisait de la France un pays d'accueil. Chacun se replie, se cache derrière des fallacieux "je suis pas raciste mais..." et oublie que la France est née de la diversité.

Sur le plan de l'acceptation sociale, Daech a gagné : il a fait de français des étrangers en leur propre patrie. Par ricochet.

Sacrifier Liberté pour Sécurité

Attribuée à Benjamin Franklin, cette phrase n'a jamais été aussi vraie : Une nation qui sacrifie sa liberté contre sa sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre et finira par perdre les deux.

Voilà maintenant un peu plus d'une semaine qu'un camion a foncé dans la foule à Nice et à peu près aussi longtemps que nos politiques s'écharpent sur la question.

Quoi de plus formidable qu'une campagne présidentielle, il reste un an avant le vote et tous les coups sont déjà permis. Entre M. Estrosi qui nous éblouit par sa prétendue ignorance quant au dispositif de sécurité, M. Juppé qui annonce haut et fort une volonté de contrôle des accès aux sites internet (souvenez vous de ce texte de la Quadrature) ou encore M. Sarkozy qui, tout avocat qu'il soit, semble oublier la rigueur demandée par le légal en proposant une mesure à la 1984, on est servis.

En face, le gouvernement se défend comme il peut mais il semble qu'une fois de plus il ait parlé avant d'avoir tous les éléments et ça pourrait bien leur sauter à la figure (note bien, ami lecteur, que je me garde de les traiter de menteurs).

En attendant, après 8 mois d'état d'urgence, il semble que cette mesure (bien utile pour assigner à résidence des militants) ne soit pas près d'être mise au placard. Et tout le monde s'en tape.

Daech et ses copains, aidés par notre merveilleuse caste politique qui annonce des mesures plus vite qu'elle ne réfléchit, semblent avoir réalisé un bon coup ! Maintenant, tremble peuple français militant un peu engagé ! Il faut avoir peur des vilains terroristes et des vilains grands frères !

J'ai été sidéré de voir que la prolongation pour encore 6 mois d'un état d'urgence qui n'a pas fait ses preuves ne choque personne... et là, j'ai compris.

Ben oui,... comme la Quadrature qui annonce qu'elle n'ira plus systématiquement se battre sur le terrain légal, les militants qui étaient sensibles aux thématiques sécuritaires ont été limés au 49-3... On est fatigués, tous. Fatigués d'avoir peur et de se battre pour nos libertés... et Daech a gagné. Par ricochet.

Daech ou 1984 en nos cœurs

La stratégie mise en place par l'EI est, il faut le reconnaître, brillante et d'actualité (l'inverse de nos politiques en fait).

Travailler à la terreur, ça a toujours marché mais c'est risqué et ils l'ont bien compris. Préparer des attentats, c'est comme faire une kermesse au fond (je vois venir la polémique là...) :

  • repérer le terrain pour savoir où planter le chapiteau ;
  • appeler les fournisseurs pour avoir des crêpes ;
  • trouver des bénévoles pour animer ;
  • communiquer.

Habituellement, on avait les 3 premiers bien réalisés (tristement) et le dernier délaissé. Mais le changement c'est maintenant, et Daech montre une aptitude à la communication des plus déroutante.

Une première série d'attentats annoncés (meurtriers certes mais surtout symboliques), suivie d'un plan comm' aux petits oignons, une longue attente pour faire monter le suspens et là... SURPRISE !

On attendait un attentat, mais non ! En guise d'action choc, c'est un appel au meurtre par tous les moyens qu'on prend dans la tronche. Et c'est le plan parfait : d'une menace concentrée, ils en ont généré une potentielle infinité. D'un petit groupe de points probables, il faut maintenant surveiller simultanément tout le territoire...

Le plan parfait. Et soyons francs (n'est-ce pas M. Juppé), protéger tout un territoire contre ses propres habitants, on sait pas faire.

Ce qu'a fait Daech (sans le savoir, il ne lisent pas ça...) c'est créer un monde à la Fahrenheit 451 : on a peur de tout, de tous, tout le temps. N'importe qui peut être suspecté de n'importe quoi, la volonté de s'informer passe pour une radicalisation, la folie aussi, la dépression aussi, l'allergie au porc aussi...

Hauts les cœurs !

Alors que faire ?

On se la fait façon politique ? Autruche jusqu'à ce que ça passe ?

On se la fait bleu Marine ? Dehors les bougnoules et vive la famille ?

On se la tente réac' LR ? Tous les fichés S en taule et les autres assignés à résidence ?

On se ferme ? On vit sur nos peurs ? On oublie les décennies de tolérance ?

Faites ce que vous voulez, mais moi, je vais continuer à vivre, à rire, à me moquer du Djihad comme d'un combat dépassé, à me payer la tête de Jésus et à considérer la religion comme un objet d'étude et non comme une conviction. Je vais continuer à aller boire des bières, manger en terrasse, offrir au hasard des repas aux gens, dire bonjour dans la rue en souriant, causer dans le métro, et surtout je vais continuer à militer et à répandre les idées de toute tolérance qui me sont chères.

On n'arrivera à rien renfermés sur nous mêmes. Nous ne sommes pas un pays à cause/grâce à la religion mais parce qu'à un moment on voulait vivre ensemble.

Le liberté de la devise française ne souffre d'aucune limite, l'égalité vaut pour tous/toutes et la fraternité aurait besoin d'un grand soir pour retrouver de sa splendeur.

Vous en êtes ?